Google réduit drastiquement le trafic vers les sites web : une menace pour l’économie de l’information
Le moteur de recherche domine toujours l’accès à l’information, mais son modèle économique pose un défi croissant aux éditeurs. Une étude récente révèle une chute brutale du trafic en provenance de Google, aggravée par l’essor des réponses générées par intelligence artificielle (IA). Résultat : les médias, déjà fragilisés, voient leur visibilité s’effriter, tandis que leur dépendance au géant américain devient insoutenable.
Un trafic en chute libre, surtout aux États-Unis
Selon une analyse de Chartbeat, le trafic issu de Google a reculé de 33 % en novembre 2025 par rapport à l’année précédente, avec des disparités géographiques marquées. Aux États-Unis, la baisse atteint 38 %, contre seulement 17 % en Europe. Cette érosion touche particulièrement les contenus pratiques (météo, programmes TV, guides) et les actualités, traditionnellement dépendants du référencement naturel.
Le service Google Discover, qui propose des flux personnalisés de contenus, a lui aussi perdu du terrain : -21 % de trafic mondial en novembre, contre -18 % en Europe. Les éditeurs, qui misaient sur ces canaux pour attirer des lecteurs, subissent désormais une double peine : Google capte leur audience sans leur reverser une part équitable de la valeur publicitaire générée.
L’IA de Google cannibalise les clics
Le principal responsable de cette hémorragie ? Les AI Overviews, ces réponses instantanées générées par IA et affichées en tête des résultats de recherche. En répondant directement aux questions des utilisateurs, Google supprime le besoin de cliquer vers un site externe. Pire : ces synthèses, parfois incomplètes ou erronées (notamment en matière de santé), induisent en erreur les lecteurs tout en s’appuyant sur les contenus des médias.
Pour les éditeurs, le constat est sans appel : Google agit comme un concurrent direct, tout en restant dépendant de leur travail. Une enquête Reuters auprès de 280 dirigeants de médias dans 51 pays révèle que 43 % anticipent une baisse supplémentaire du trafic Google sur trois ans, avec un cinquième des répondants craignant une chute de plus de 75 %.
Une stratégie de désengagement progressive
Face à cette situation, de nombreux médias réorientent leur stratégie. Le référencement naturel (SEO), autrefois prioritaire, devient secondaire. Certains éditeurs réduisent leurs efforts pour plaire à Google, préférant se concentrer sur des canaux alternatifs – encore marginaux aujourd’hui.
Parmi ces alternatives, ChatGPT et Perplexity commencent à émerger, mais leur contribution reste anecdotique : 0,02 % et 0,002 % du trafic total, respectivement. En revanche, leur potentiel qualitatif (lecteurs plus engagés, recherche de contenus "autorisés") pousse les médias à investir dans ces plateformes. L’enjeu n’est plus le volume, mais la pertinence : un trafic moindre, mais plus fidèle et mieux ciblé.
Un modèle économique à repenser
Cette crise illustre un paradoxe : Google dépend des contenus des médias pour alimenter ses services, mais en réduit systématiquement la visibilité. Sans changement, les éditeurs pourraient être contraints de limiter leur production d’informations, appauvrissant ainsi l’écosystème numérique dans son ensemble.
Pour l’instant, les solutions restent incertaines. Les médias doivent diversifier leurs sources de revenus (abonnements, partenariats, monétisation directe) tout en préparant un avenir où Google ne sera plus le seul passage obligatoire vers l’information. Une transition qui s’annonce longue et coûteuse.
